Les emplois verts, une alternative pour lutter contre le chômage, créer de la richesse et freiner l’exode rurale.

I. PROBLÉMATIQUE:

De l’indépendance à nos jours, la politique du développement rural s’est toujours focalisée sur les cultures vivrières et ou industrielles que sont : le mil, le sorgho, l’arachide, le maïs, le
niébé, le voandzou etc.
Leur réalisation dans les terroirs des différentes zones éco-géographiques a engendré, l’avancée du front agricole, la récurrence des feux de brousse, la disparition de nombreuses espèces végétales surtout celles à vertu pharmacologique.
Ces actions anthropiques alliées au phénomène des changements climatiques ont fondamentalement détruit les couches arables provoquant la dégradation des terres avec
l’utilisation excessive d’engrais.
Aujourd’hui, la problématique qui demeure est la baisse des rendements à l’hectare réduisant drastiquement le panier des ménages des femmes du milieu rural à l’instar de leurs sœurs des cités urbaines.

A ces contraintes financières de subsistance pour les populations restées dans leurs villages, sont venues se greffer les affres aigues de la pauvreté et les conséquences sont insupportables faute de revenus, de pitance et d’absence de services sociaux de base puisque l’agriculture ne nourrit pas son homme
Les jeunes ont été poussés vers l’exode et migrent vers la ville en quête de mieux être où ils constituent des grappes ethniques dont la moyenne d’âge est comprise entre 18 et 20 ans.
La plupart du temps, ils sont employés à Dakar ; comme bénévoles, collecteurs d’ordures, charretiers, maçons, cireurs, femmes de ménages, gardiens, veilleurs de nuit, jardiniers, horticulteurs, ramasseurs et vendeurs de ferraille, laveurs de véhicules, vendeurs de cure-dents ou de journaux. Ils gagnent mensuellement de faibles rémunérations qu’ils envoient aux parents restés aux villages selon les nouveaux modèles électroniques comme Wari , joni joni wizcall.
Cette politique menée depuis plus de quarante ans était exclusivement orientée vers les cultures vivrières précitées et les résultats escomptés n’ont pas permis d’atteindre l’autosuffisance alimentaire laissant en rade les portefeuilles forestiers.

Ceux-ci dans le cadre d’un développement endogène durable peuvent constituer des leviers salvateurs autour des zones périphériques dépourvues d’industries ; ou souvent obsolètes dans les régions de Kédougou, Kolda, Matam, Sédhiou, Tambacounda, Ziguinchor.
Ces terroirs dans le cadre de lutte contre le chômage, au frein à l’exode rural, peuvent jouer leur partition par la création d’emplois verts en raison de la richesse du potentiel floristique qu’ils recèlent en s’appuyant sur les quatre conventions que sont : la convention sur la diversité biologique, la lutte contre les changements climatiques, la lutte contre la désertification et celle de Ramsar propre aux zones humides et sur le protocole de Nagoya.
La présente réflexion stratégique, loin de remettre en cause les acquis de trois quart de siècles de gestion des ressources forestières basée exclusivement sur le charbon , le bois, la chasse et le contentieux, se propose une gestion humanisée de la forêt.
Elle pourra dans cette perspective contribuer à la volonté politique de lutte contre la pauvreté par la création d’emplois verts, de richesse et de préservation de la Biodiversité au Sénégal.
Si l’on sait que la ruralité fait symbiose avec la terre et aux ressources naturelles, il sera alors évident que le mariage entre les acteurs à la base et leurs terroirs maximisera toutes les chances de succès de cette vision dans le cadre d’une politique adéquate de gestion de nos ressources naturelles..
En plus, l’idée est de rompre d’avec les projets classiques pour asseoir en lieu et place des pôles de croissance de développement locaux (P. C.D.L) dans le cadre de l’acte 3 de la décentralisation par la création de chaînes de valeurs.

Celles –ci pourront être gérées directement par le M.E.D.D, sous l’impulsion des bailleurs et les autres Ministères concernés selon un LINK combiné à un Networking dans une démarche inclusive basée sur la RSE en rapport avec les collectivités locales et leurs populations vivant dans et autour des ressources de leurs propres terroirs.

II. Comment les savoirs locaux ont de tous temps rythmé notre évolution ethno-socio–culturelle et peuvent contribuer à la promotion des emplois verts dans le cadre du PSE

Les sociétés qui l’ont développé n’ont pas attendu une reconnaissance officielle pour tirer parti des plantes et animaux pour les domestiquer ou les exploiter, à l’image des peuples de la forêt amazonienne.
Les populations locales soucieuses de la protection de leur milieu ont toujours conservé à travers des pratiques traditionnelles éprouvées très anciennes, des ressources végétales essentielles pour marquer le paysage, pour se nourrir, se vêtir se soigner et pour satisfaire leurs besoins spirituels.
Certains résultats qui sont encore là (arbres reliques, forêts sacrées, parcs champêtres…) témoignent d’un savoir-faire local dans la conservation et même dans la sélection des ressources végétales productives.

Il s’avère aujourd’hui qu’une grande partie de la subsistance provenant des forêts et de la pharmacopée dans le monde a été acquise grâce aux savoirs et savoir-faire.

Finalement, la reconnaissance et la légitimité des savoirs locaux qui ont toujours été des organes de veille et d’alerte ont permis aux populations vivant dans et autour des ressources de leurs territoires de revendiquer leur usufruit. (Cas où la RSE n’est pas prise en compte.)
Ce savoir traditionnel qui est à la base des décisions prises sur des aspects fondamentaux de leur vie quotidienne fait partie intégrante d’un système culturel.
Celui-ci prend s’ appuie sur la langue, les systèmes de classification et de caractérisation sur les pratiques d’utilisation des ressources à la fois forestières et naturelles, sur les rituels (offrandes pour obtenir une recette de telle ou telle plante médicinale) et sur la spiritualité (Incantations).Car , n’oublions pas que dans notre culture arbre signifie remède.

III. De l’arbre à la création de microentreprises pour la réussite du PSE.
Pour y parvenir la mise en place d’abord d’un plan adéquat de communication axé sur les objectifs et les stratégies pour la réussite du PSE s’avère indispensable.
Cette communication devra se faire du sommet à la base en s’appuyant sur l’existant et ne pas omettre dans cette phase le collège des communicateurs traditionnels car l’information est la première condition à l’éducation afin que le paysan de Bandafassi, celui de Niambalang ou celui de Fété bowé ou de Potou sachent et comprennent qu’ils sont tous impliqués.
Ensuite revisiter les cadres législatifs et réglementaires pour contrer la biopiraterie en raison de la recherche avancée sur la biotechnologie.

IV Avec quelles ressources?

Pour une réussite de la mise en œuvre d’une plate-forme de création d’emplois verts alliée à un frein à l’exode rural, à la résorption du taux aigu de chômage afin de garantir une employabilité pérenne et renforcer la contribution du PIB, la démarche idoine consisterait à se focaliser sur :

  • sur les possibilités des massifs forestiers qui peuvent être définies comme étant : le foncier, la quantité de produits forestiers ligneux et non ligneux que l’on peut retirer annuellement du potentiel sans qu’il ne s’appauvrisse tout en assurant un rapport soutenu et constant devront être évaluées.

Cette évaluation ne sera pas sectorielle mais plus tôt globale en tenant compte de tous les portefeuilles qui peuvent influer dans le produit intérieur brut que sont : la flore (végétaux, graminées, champignons, fruitiers forestiers, huiles, gommes, essences, plantes médicinales, semences etc..), la faune avec toutes ses composantes (mammifères, reptiles, oiseaux, insectes).

En effet, les forêts avec six portefeuilles recensés personnellement dans le cadre de l’évaluation du potentiel de l’économie renferment plus de trente-deux renferment filières avec des actifs économiques qui sont généralement évalués sur la base de transactions commerciales, soit directement soit en tant que coefficient de la valeur de la propriété forestière échangée.
Pour le cas du Sénégal avec un potentiel estimé à 13 millions d’hectares de forêts, soit 65% du territoire , la valeur des actifs forestiers est essentiellement constituée par les tous actifs précités qui représente 99,9% de la valeur totale des actifs pour un capital forestier évalué à 24297, 8 milliards de francs CFA en 2010 (Rapport d’évaluation du Pasef).
Les avantages et bénéfices que les populations tirent des écosystèmes forestiers sont regroupés en trois (3) catégories : (i) les biens forestiers, (ii) les services forestiers environnementaux et (iii) les avantages socioculturels ; conformément aux conclusions de l’Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire, appuyées par d’autres études (Hou et Wou 2008).
L’arbre est une entreprise et les produits forestiers segmentés peuvent aussi, à l’image des services de téléphonie, offrir de multiples services de qualités par le biais de la création d’entreprises multifonctionnelles dans les zones de terroirs.
Aujourd’hui, dans le cadre d’une approche–programme basée sur la valorisation des portefeuilles, le chômage des jeunes peut plus ou moins être résolu si nous agissons sur le potentiel vert spécifique à chaque terroir et il est possible d’y arriver par la conjugaison de toutes les compétences.

Il sera alors question d’allier employabilité des jeunes dans les emplois verts et responsabilité sociétale.
Celle-ci devra être basée sur une approche culturelle, prenant en compte les spécificités et les réalités des terroirs adjacents aux ressources qui sont minières, chimiques et forestières reposant sur un substrat qui est le foncier constituant un socle porteur de cultures et d’habitats permettant aux populations de satisfaire tous leurs besoins.
Chaque ressource a un coût monétaire et écologique, sa valorisation peut être bénéfique à toutes les entités (Etat par le payement de taxes forestières ; Industries par la rentabilisation des investissements ; populations par la création de richesse et par la réduction du chômage ; générations futures pour un héritage durable autour d’un patrimoine commun pour l’humanité
La RSE peut même aller plus loin pour stimuler la croissance autour des industries chimiques et minières tout en contribuant par la participation à la réhabilitation du cadre de vie (Ré-végétalisation – enrichissement avec des espèces locales à croissance rapide – maraîchage arboriculture, tourisme de vision, système agro-sylvo-pastoral durable) dont le caractère multifonctionnel sera recherché.

V. Conclusion.

A l’occasion de cette journée de la foresterie, une évaluation inclusive devrait nous tous nous animer et jeter un regard introspectif sur ce qui nous été confié pour être géré.
Il s’agira de voir si depuis lors nous nous sommes inscrits dans une dynamique de gestion bonne ou en dents de scie ou s’il y’a des correctifs à y apporter car la pérennité de nos ressources engage toutes les entités puisqu’il y va de notre survie et de celle des générations futures.
La conservation des ressources naturelles se fait mieux lorsqu’elle est confiée aux communautés locales, comme prôné dans l’acte 3 de la décentralisation si celles-ci perçoivent une partie des bénéfices et qu’elles sont impliquées dans les étapes de prises de décisions (RSE).
Le problème n’est pas technique ou lié au manque de connaissance scientifique, ni même monétaire (selon E. W. Wilson).
Les moyens de réduire considérablement l’impact humain sur les écosystèmes existent, mais ils ont peu de chances d’être mis en œuvre, tant que les services fournis par les écosystèmes manquent de gagnant- gagnant ou seront considérés comme gratuits et illimités.
Les actifs naturels seraient mieux protégés avec des efforts coordonnés et transversaux à travers tous les secteurs des gouvernements, (Agriculture, Forêts, Elevage, Commerce, Finances) gage d’une politique de création d’emplois verts, de richesse de frein à l’exode rural, à la lutte contre l’insécurité alimentaire pour une préservation durable de la biodiversité.

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